Le monde agricole aux portes de Muret


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Engins agricoles érigés en barrages, palettes de bois et pneus en feu, monticules de fumiers, arbres tronçonnés ou déchiquetés, voilà le visage torturé des infrastructures routières et des voies de chemin de fer qui nous est offert depuis plusieurs jours par quelques agriculteurs manifestement furieux.

L'objet de leur courroux est le projet de refonte de la carte des zones défavorisées simples (ZDS), qui date de 1976 et répertorie les secteurs géographiques où l'élevage et l'agriculture seraient plus compliqués qu'ailleurs (à l'exclusion des zones de montagne soumises à un dispositif spécifique).
Toute exploitation agricole basée en ZDS est assurée de percevoir des subsides européens (ICHN - Indemnité Compensatoire de Handicaps Naturels).
En 2003, un rapport de la Cour des comptes européenne a pointé du doigt ce dispositif, jugé inéquitable voire contestable dans certain cas. L'Union Européenne attendra 2013 pour exiger la révision des ZDS. Les nouvelles cartes devront reposer sur des critères climatiques et biophysiques scientifiques solides, et devraient entrer en vigueur au 1er janvier 2019.

C'est aux États membres que revient la charge de fixer ces critères et de procéder au classement des communes dans la limite de 10% du territoire national.
La France travaille à cette révision depuis 2016 et le découpage envisagé fin 2017 excluait de nombreuses communes jusqu'alors incluses dans les ZDS. Mais sous le poids des tracteurs, le Ministère de l'Agriculture a revu sa copie et présenté hier un nouveau projet de carte moins drastique. Au final, l'ex-région Midi-Pyrénées tire son épingle du jeu : le nombre de communes destinées à "disparaître" de la carte ZDS passerait de 472 à 182. Mais il est déjà annoncé que le découpage final reste soumis à quelques modifications à la marge et à sa validation par les instances européennes.

Bien que non comprise dans les ZDS (avant ou après révision), la commune de MURET n'a pas été épargnée par les récentes manifestations musclées du monde agraire qui a pris d'assaut ses voies d'accès routières et ferroviaires. Il faut dire que Muret est la ville-centre de l'Agglo du Muretain dont nombre des communes sont actuellement classées en ZDS et donc placées sous la menace d'un déclassement : Bonrepos-sur-Aussonnelle, Bragayrac, Eaunes, Empeaux, Fonsorbes, Lamasquère, Sabonnères, Saiguède, Saint-Lys, Saint-Clar-de-Rivière et Saint-Thomas sont concernées. Quid de la position du Président de l'Agglo et de son implication pour défendre les intérêts du territoire qu'il représente ? A ce jour, les habitants du bassin muretain sont vierges d'information sur ce point.

Concrètement, les rapports de force engagés contre l'Etat par des groupements corporatistes pénalisent toujours le citoyen lambda, contraint de supporter les bouchons, les odeurs nauséabondes, le saccage de l'espace public et le coût des remises en état.
Ceci étant, on peut comprendre la révolte des agriculteurs menacés de perdre une manne dont l'ancienneté et la pérennité lui avaient conféré l'apparence d'un droit acquis.
J'entends encore raisonner la voix de cet agriculteur montalbanais qui affirmait que "l'aide de l'Europe" constituait le seul salaire qu'il pouvait se verser.
Passé le rappel que bien des acteurs économiques évoluent sans la garantie d'un revenu minimum versé par l'Europe, je me demande quelle satisfaction professionnelle peut-on avoir à être rémunéré, non par le prix payés par ses clients en fonction de la qualité du travail ou des produits, mais pas des subventions attribuées à l'hectare de manière exclusivement mathématique.

La dépendance du monde agricole aux aides européennes prive l'exploitation de toute résilience face aux orientations politiques. L'exploitant n'est plus un chef d'entreprise qui adapte son outil de travail en fonction du marché et de ses propres perspectives de développement, mais un "ouvrier agricole" au service des politiques publiques.
Il serait bien évidemment catastrophique pour les exploitations perfusées aux subventions publiques de couper le robinet du jour au lendemain. Mais ne serait-il pas temps d'engager un plan d'accompagnement qui leur permettrait progressivement de se sevrer des aides publiques ?

MC


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