Il était une fois …

Le récit qui suit est une oeuvre de fiction. Toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes ou ayant existé ne saurait être que fortuite.

Il était une fois, une contrée merveilleuse où la docilité du peuple avait été façonnée par quarante années de discours bienveillants. Tous les gentils habitants étaient convaincus du fait qu’ils vivaient dans le modèle social idéal. Ce privilège valait bien quelques sacrifices, et parfois même quelques pertes.

Ce petit monde était dirigé d’une main potelée par le chef de la bienveillance. Il avait été choisi par la majorité de ses sujets après avoir martelé que, lui chef, il ne commettrait pas les erreurs qu’il reprochait à son prédécesseur. Cinq années passèrent pendant lesquelles le petit peuple pu assister aux facéties de leur « chef normal ».

Puis vint le temps de réfléchir à l’éventuel changement de chef. Quelques-uns des prétendants avaient pour particularité d’être nés petits, bien qu’issus d’une famille de grands, et d’avoir pour point commun d’habiter ensemble dans un château bleu qu’ils venaient de restaurer. Le chantier fut périlleux, certains furent blessés, mais ils étaient finalement parvenus à éviter l’effondrement de l’édifice en apportant un soin tout particulier à la façade. Le prix de la peinture avait un peu obéré leurs économies, mais ils avaient pu compter sur la générosité des gentils sujets fidèles à la famille des petit'hommes.

Ils pensaient que leur valeureux exploit était un gage de sérieux qui leur donnait toute la légitimité nécessaire pour présider au destin de la belle contrée. Bien que liés comme les sept doigts d’une main, chacun était persuadé d’être le plus intelligent pour être chef, mais tous savaient qu’ils n’avaient aucune chance d’être choisis s’ils partaient en ordre dispersé. Ils décidèrent alors de demander aux gentils sujets de désigner celui d’entre eux qui emporterait leur préférence. Et pour éclairer (un peu) l’esprit de leurs juges, chacun des sept petit'hommes exposa ce qu’il pensait être ses atouts.

Le premier à s’exprimer fut Grincheux, impatient de rappeler qu’il avait beaucoup souffert sur le chantier de la restauration du château bleu, et qu’il avait injustement été accusé de quelques malfaçons.
Ses critiques visaient indirectement Prof, lequel avait dirigé le chantier sans trop se soucier du prix des travaux. Mais pour lui, c’était une histoire ancienne qui ne méritait pas la réplique. Il préférait insister sur son expérience (il avait jadis été chef) et son bilan dont il ne prétendait pas qu’il était bon mais soutenait qu’il aurait été pire si un autre que lui avait été aux commandes.
Ce passé, Atchoum n’en avait cure et préférait s’engager à accompagner les mutations de la contrée merveilleuse, sans faire du recyclage d’idées.
Tout à l’opposé, la ligne directrice de Simplet était un conservatisme « brut de décoffrage ». Il n’était pas vraiment pris au sérieux par ses camarades qui n’auraient pas imaginé quelques semaines plus tôt qu’il eut pu être des leurs.
Timide plomba l’ambiance en lançant que la contrée était en faillite et qu’il conviendrait d’être rigoureux dans la gestion et raisonnable dans les dépenses. Pour lui, l’heure n’était pas à vendre du rêve, mais à celle d’assumer les erreurs du passé et à mesurer avec gravité l’ampleur des tâches à venir.
Pour Joyeux sa force résidait dans sa volonté de changer les règles d’organisation de la contrée merveilleuse afin de rendre une (toute petite) parcelle de pouvoir au gentil peuple.
Mais Dormeur n’en voyait pas l’utilité et proposait de décréter que tous les gentils sujets vivraient heureux, et pour cela il était prêt à repeindre la moitié du château bleu en rose pour répondre au goût de chacun.

MC

Commentaires

  1. Excellent j'adore ��

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  2. Une belle histoire où je reconnais bien la plume de l'auteur. A la fin, on ferme le livre et la conclusion devient l'évidence : oui ! il est grand temps que tout change ! et que les citoyens se réveillent et s'unissent pour retrouver la dignité de leur si beau pays. Sylvie Goll

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