Le principe de laïcité : une valeur à géométrie variable en terre muretaine

©MC2015
Nous fêtons aujourd'hui le 110ème anniversaire de la loi de 1905 sur la séparation des Églises et de l'État.
Ce texte est le cadre fondateur du principe de laïcité qui s'impose à nos institutions publiques, et nous donne tous les outils pour gérer de manière républicaine toutes les revendications identitaires ou religieuses auxquelles se trouve confrontée notre société moderne (cantine, mixité, lieu de culte, etc.).
Pour fêter cet anniversaire, à Muret, la municipalité va planter un arbre dit "de la laïcité" devant l'école Saint-Exupéry. Cette initiative pourrait nous laisser croire que la majorité municipale actuelle se fait un point d'honneur à respecter à la lettre le principe de laïcité. Mais la politique menée dans les coulisses est loin de ces apparences.

Par arrêté du 04 novembre 2015 pris sans délibération en Conseil municipal, le Maire a reconduit une convention de mise à disposition à titre gratuit de locaux publics au bénéfice de l’Association Musulmane Muretaine (un bâtiment de 150m² et son jardin, le tout situé au n°2 du boulevard de Lamasquère).
Une décision identique avait déjà été prise par M. le Maire en décembre 2014. Elle m’avait chagrinée dans la mesure où elle m’apparaissait contraire au principe de laïcité qui s’impose à nos institutions. A l’époque, M. le Maire avait justifié sa démarche par le fait que l’association attendait la fin de la construction de la mosquée située à Ox et que son hébergement gratuit par la commune allait « s’arrêter dans les mois qui arrivent. » La fin imminente de la situation devait donc nous permettre de nous accommoder de l’entorse "provisoire" qui était faite au principe de laïcité.

Mais voilà ! Un an après, l’association à vocation religieuse n’assure toujours pas son hébergement par ses propres moyens, et une fois de plus la municipalité s’engage à l’héberger pour une année supplémentaire à titre gratuit. Et en remontant le fil de l’histoire d’année en année, on s’aperçoit que le provisoire dure depuis plus de 7 ans.

Pourtant, depuis la loi de 1905, l'État ne doit financer aucun culte.
Cette règle est posée par son article 2 : " la République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte." 
Autrement dit, les communautés religieuses ne peuvent recevoir aucun financement, quelle qu'en soit la forme, qu'il s'agisse de subventions pécuniaires ou de prêt de salles.

Dans le cas qui nous intéresse, le caractère religieux de l'Association Musulmane Muretaine ne fait aucun doute puisque cette association a été déclarée à la Sous-Préfecture le 05 juin 2001 pour "représenter et servir la communauté musulmane de Muret par la construction d’une mosquée avec ses annexes ; la dispense de cours d’arabe et l’enseignement coranique ; obtention d’un cimetière." Tous les ingrédients de l'association cultuelle y sont.
Mettre à sa disposition une salle municipale revient donc à violer le principe de laïcité de l'État. Cette situation est contraire au principe de laïcité et j'ose l'affirmer sans détour dans l'enceinte du conseil.

Sentant bien évidemment que le sujet était délicat et que la municipalité n'était pas en position de contester ce constat, M. le Maire a reconnu la "difficulté" en prétextant du fait qu'il n'avait fait que reconduire des décisions qui avaient été prises par ses prédécesseurs. Mais au terme de sept années passées aux commandes, ce type d'argument n'est plus recevable.

L'explication ne serait-elle pas plutôt à chercher dans la facilité à répondre à des revendications communautaristes ?
La laïcité serait-elle une valeur à géométrie variable ? Pour la majorité municipale, il semblerait que oui ! Je ne suis pas d'accord et trouve alors l'occasion de rappeler que les événements tragiques qui ont frappé la France en 2015, ont amené la République à devoir réaffirmer ses valeurs fondamentales au titre desquelles se trouve le principe de laïcité.
Il est temps de mettre fin à une application défaillante des valeurs républicaines, source d'incompréhension pour les uns, d'influence pour les autres, et de discorde pour tous. Il convient d'opérer un virage à 180°, à Muret comme partout ailleurs.

Tenir de tels propos, même dans l'enceinte feutrée et désertée du conseil municipal, génère encore des débats schizophréniques entre ceux qui abordent le sujet à travers le seul prisme des règles de la République (ce que je tente de faire), et ceux qui lui confèrent une dimension affective.
L'une de adjointe en charge de la démocratie locale et des conseils de quartier portait ce soir-là le discours habituel de ceux qui assimilent toute réflexion sur le sujet à une stigmatisation de la communauté visée (soit ici la communauté musulmane). Ainsi, dans sa perception très personnelle des propos que j'ai pu tenir, rappeler les attentats qui ont récemment frappé la France dans sa chair consiste à assimiler tous les musulmans à des terroristes.
Le raccourci est facile, et surtout il donne bonne conscience à ceux qui cèdent facilement aux revendications identitaires et religieuses.
Il crée en outre une confusion malsaine entre libertés et droit. Les libertés sont individuelles et cessent là où celles des autres commencent. Le droit est collectif et s'impose à tous. Ainsi, la liberté de culte ne s'oppose pas au principe de laïcité mais s'organise dans le respect des règles posées.

A Muret, le retour à la norme impose qu'il soit mis fin à la mise à disposition gratuite d'un local public au bénéfice de l’Association Musulmane de Muret.
Cela ne sera pas possible avant décembre 2016 puisque M. le Maire a pris la décision de renouveler ce prêt gratuit pour un an.
Nous lui donnons donc rendez-vous dans un an après lui avoir demandé de mettre à profit ce temps pour inviter l'association religieuse à organiser son hébergement par ses propres moyens ou bien à régler à la commune une redevance équivalente à la valeur locative du bien occupé (loyer).
La municipalité cédera-t-elle encore au clientélisme ou bien fera-t-elle preuve de courage pour mettre un terme à une application approximative et hasardeuse du principe de laïcité ?

MC

Commentaires

  1. Myriam, nous sommes bien évidemment nombreux à soutenir cette vision Républicaine et Laïque des choses. Le Préfet a-t-il été mis au courant ?
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  2. Je pense qu'il y a une crainte de la part de la municipalité, ils ont l'impression que cela pourrait calmer des esprits. Il faudrait faire un grand debat à ce sujet, qu'en pensent t'ils les citoyens ? Couper d'un coup les aides, serait peut etre la solution, radicale, certes, mais efficace certainement.

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    1. Le sujet manque de clarté car cela fait 40 ans que nos élites s'éloignent des grandes valeurs héritées des siècles des lumières, parfois par crainte, souvent par clientélisme.
      Quand les principes sont bien posés, il est facile de les défendre, mais encore faut-il en avoir la volonté.

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  3. Rien à dire de plus sinon BRAVO, mais serez vous entendu et suivi....

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    1. Seule, non ! Mais si tous ceux qui partagent ces valeurs se font l'écho des petites actions individuelles, tout est possible. Je sais que je peux compter sur vous autant que vous pouvez compter sur moi pour défendre les valeurs libérales et citoyennes qui nous sont chères. Alors, tous ensemble !

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  4. JAMY (31600) - 10/12/201510/12/2015 17:10

    à grand seigneur, tout honneur !!! faites ce que je dis, ne faites pas ce que je fais !!! la loi est votée, écrite et paraphée donc elle doit être observée par tous !!! en partie !!!! Il convient donc que chaque association liturgique, chaque culte, puisse dès à présent : déposer chaque année une demande de subvention pécuniaire pour une quelconque rénovation - il convient aussi que chaque association puisse bénéficier , à titre gracieux, d'une quelconque salle pour une manifestation de tout genre dans la mesure où elle siège dans la commune....... Bref, le pouvoir c' est le pouvoir

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  5. C’est le constat permanent que l’on a toujours fait et ceci dès la première minute aussitôt que le Maire actuel ait pris possession de son siège de Premier Magistrat de la Ville de Muret.
    Personnellement, je suis resté fidèlement attaché à me rendre à toutes les réunions du Conseil municipal et ceci depuis de longues années en commençant par celles tenues par son prédécesseur , Alain Barrès.

    Comme beaucoup de nos concitoyens, au cours des conseils municipaux « dirigés à la baguette » par le Maire actuel, j’ai toujours gardé un doute flagrant sur la méthode employée quant au vote pratiqué à l’issue de la présentation de chaque dossier proposé à l’ordre du jour, et qui me semblait à l’occurrence n’avoir jamais été étudié en réunion préparatoire , de plus sans concertation d’usage avec les élus locaux, ce qui restait évident pour moi et à mes yeux que je me trouvais alors en présence d’un personnage au profil affiché d’un Pouvoir solitaire et sans contrôle, absolu et arbitraire d'un despote imposant ses volontés vis-à-vis d’un conseil municipal choisi également par lui, composé par un ensemble de personnes prévenues à l’avance au moment du choix de sa liste, qu’elles auraient durant tout son mandat à respecter ses volontés ceci sans hésitations ni murmure laissant aux candidats colistiers le soin de méditer sur les décisions qu’il aurait à prendre dans le cas contraire.

    N’étant pas le sujet évoqué, je ne m’étendrais pas à énumérer le nombre d’associations effacées de la carte de Muret, visant simplement leurs dirigeants qui par malheur pour eux ne bénéficiaient pas spontanément de sa bienveillance..
    Une condition pour lui a toujours été dans ce sens, être domicilié à Muret ce qui n’avait pas été le cas du Président de la Cible Muretaine, une association de 40 années d’existence très active et sans problème, dont le Maire n’a pas hésité cette fois-là à faire disparaître la totalité de ce groupement évoquant à sa façon un motif tiré par les cheveux pour parfaire ses décisions.

    Il n’empêche que les situations peuvent se suivre à l’occasion, cependant il y a pour ce Maire toujours moyen de faire à condition de passer outre les règles qui s’impose, et cela avait été le cas pour la police municipale dont le Maire, président de l’intercommunauté avait oublié volontairement de publier un «appel d’offre » à l’attention de ses administrés et d’offrir plutôt le poste à un ancien officier de la gendarmerie demeurant à Mauzac , commune n’ayant aucune approche avec MURET, faisant alors fi des textes qui régissent la police municipale.

    Bravo Myriam CREDOT, les bons temps vont être incertains pour le Maire en place, mais pas seule à les lui gâcher, car déjà les militants et moi en premier sommes à votre côté pour appuyer très fort vos actions.









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    1. Merci Unknown ! On aura besoin de toutes les forces pour mener la bataille.

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  6. Unknown = Max LANDREAU - Commentaire du 11/12/2015.

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  7. Coucou Myriam, j'ai oublié de signer ce message, mais tu avais compris d'où il venait.

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